Site bilingue français-allemand : quand est-ce utile en Suisse et comment bien le faire
En Suisse, la frontière linguistique ne s'arrête pas aux limites cantonales. Une entreprise de Fribourg, de Sierre, de Bienne ou de Morat travaille souvent avec des clients des deux langues. Et une PME lémanique peut très bien viser des clients à Berne, Bâle ou Zurich. Dans ces situations, un site bilingue français-allemand devient un vrai atout commercial.
Encore faut-il le faire correctement : un site mal traduit ou mal structuré peut nuire à votre image et à votre référencement. Voici quand un site bilingue est utile, et les bonnes pratiques pour le réussir.
Quand un site bilingue français-allemand est-il utile en Suisse ?
Toutes les entreprises romandes n'ont pas besoin d'une version allemande. La question à se poser est simple : une part significative de vos clients ou prospects préfère-t-elle l'allemand ?
- Les régions bilingues : le canton de Fribourg, le Valais (Haut-Valais et Valais romand), Bienne et le Seeland, une partie du Jura bernois. Une boulangerie à Fribourg ou un garage à Sierre y côtoient naturellement les deux langues.
- Une clientèle alémanique : hôtels, restaurants, écoles, cliniques et activités touristiques qui accueillent des visiteurs de Suisse alémanique.
- Le B2B national : fiduciaires, bureaux d'ingénieurs, fournisseurs ou entreprises de services qui travaillent avec des clients dans toute la Suisse.
- Les entreprises qui recrutent des collaborateurs germanophones.
À l'inverse, un coiffeur de quartier à Lausanne ou un électricien qui intervient uniquement dans le canton de Genève n'en tireront probablement pas grand-chose. Mieux vaut alors investir dans un excellent site en français.
Traduction humaine ou traduction automatique ?
Les outils de traduction automatique ont beaucoup progressé et peuvent servir de base. Mais publier une traduction automatique sans relecture est risqué : formulations maladroites, termes techniques erronés, ton inadapté. Un lecteur germanophone le remarque immédiatement, et cela donne une impression d'amateurisme.
La bonne approche
- Faites traduire ou au minimum relire les textes par une personne de langue maternelle allemande.
- Adaptez plutôt que traduire mot à mot : on parle de localisation. Les arguments, les exemples et même certains titres peuvent changer.
- Tenez compte des usages suisses : orthographe sans « ß », vocabulaire local, formats d'adresse et de téléphone suisses.
- Traduisez aussi les éléments oubliés : boutons, formulaires, messages d'erreur, e-mails de confirmation, mentions légales et politique de confidentialité.
Pour les textes juridiques, comme la politique de confidentialité au regard de la nLPD, faites valider les deux versions par un spécialiste.
Une URL par langue : la bonne structure
Pour Google comme pour vos visiteurs, chaque version linguistique doit avoir sa propre adresse. Évitez les sites où la langue change sur la même URL grâce à un simple bouton, sans que l'adresse ne varie : Google risque de n'indexer qu'une seule version.
- Sous-répertoires : votresite.ch/fr/ et votresite.ch/de/. C'est la solution la plus courante et la plus simple à gérer.
- Sous-domaines : fr.votresite.ch et de.votresite.ch. Possible, mais un peu plus lourd.
- Deux domaines : un nom pour chaque langue. Intéressant si votre marque porte un nom différent en allemand, mais plus complexe à entretenir.
Pensez aussi à traduire les adresses elles-mêmes : /de/kontakt/ plutôt que /de/contact/. Et proposez un sélecteur de langue visible, qui renvoie vers la page équivalente et non vers la page d'accueil de l'autre langue.
Les balises hreflang, expliquées simplement
Les balises hreflang indiquent à Google que deux pages sont des versions linguistiques l'une de l'autre. Ainsi, un internaute qui recherche en allemand se verra proposer la version allemande de votre page, et un internaute francophone la version française.
- Chaque page indique sa propre langue et celle de ses équivalents, par exemple fr-CH et de-CH.
- Les liens doivent être réciproques : si la page française pointe vers la page allemande, l'inverse doit aussi être vrai.
- Une version par défaut (x-default) peut être définie pour les visiteurs dont la langue ne correspond à aucune version.
- La plupart des outils multilingues pour WordPress ou d'autres systèmes de gestion de contenu génèrent ces balises automatiquement, mais vérifiez qu'elles sont correctes.
Google Search Console vous permet ensuite de suivre l'indexation de chaque version et de repérer d'éventuels problèmes.
Référencement local dans les deux langues
Un site bilingue ne suffit pas si vos autres présences en ligne restent uniquement en français. Pour être trouvé par des clients germanophones, pensez à l'ensemble de votre visibilité :
- Faites une recherche de mots-clés en allemand : les termes utilisés ne sont pas toujours la traduction littérale des termes français.
- Complétez votre fiche Google Business Profile et répondez aux avis dans la langue du client.
- Inscrivez votre entreprise dans les annuaires suisses pertinents, en vérifiant la cohérence de vos coordonnées.
- Si vous faites de la publicité Google Ads ou Meta, créez des campagnes séparées par langue, avec des annonces rédigées dans chaque langue.
- Adaptez vos noms de localités : Fribourg et Freiburg, Bienne et Biel, Sion et Sitten.
Les erreurs à éviter avec un site bilingue
- Une version allemande incomplète : quelques pages traduites et le reste en français donnent une mauvaise impression. Mieux vaut moins de pages, mais toutes traduites.
- Oublier les mises à jour : chaque modification en français doit être reportée en allemand, sinon les deux versions divergent.
- Rediriger automatiquement selon la langue du navigateur sans laisser le choix : un francophone en déplacement à Zurich doit pouvoir rester en français.
- Mélanger les langues sur une même page, ce qui brouille le message et le référencement.
- Ne pas prévoir qui répond aux demandes en allemand : un formulaire en allemand appelle une réponse en allemand.
Si vous envisagez un site bilingue, Marketing Suisse peut vous aider à définir la bonne structure et à le construire dans les règles de l'art.
Questions fréquentes
Faut-il aussi une version anglaise ou italienne ?
Cela dépend de votre clientèle. Une version anglaise peut être utile pour le tourisme ou une clientèle internationale, l'italien pour une activité tournée vers le Tessin. Commencez par les langues réellement parlées par vos clients plutôt que de tout traduire.
Un site bilingue est-il pénalisé par Google pour contenu dupliqué ?
Non, des pages traduites dans une autre langue ne sont pas considérées comme du contenu dupliqué. Les balises hreflang aident justement Google à comprendre que ce sont des versions linguistiques d'une même page. Il faut en revanche éviter de publier deux versions dans la même langue.
Peut-on ajouter une version allemande à un site existant ?
Oui, la plupart des systèmes de gestion de contenu permettent d'ajouter une langue après coup. Il faut toutefois prévoir la structure des URL, la traduction de toutes les pages et des éléments techniques, ainsi que les balises hreflang. Un audit du site existant permet de savoir si une adaptation suffit ou si une refonte est préférable.